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"Ma scie est mon corps": une sculptrice sud-coréenne nonagénaire enfin reconnue comme pionnière
A 91 ans, la sculptrice sud-coréenne Kim Yun Shin manie sa tronçonneuse pour ciseler le bois, un art qu'elle a perfectionné pendant des décennies passées loin de chez elle, de la France à l'Argentine.
Longtemps ignorée dans son pays natal, Kim Yun Shin y est à présent reconnue comme une artiste pionnière, au point de faire l'objet d'une vaste rétrospective au prestigieux musée sud-coréen d'art Hoam.
Avec cette exposition, intitulée "Deux égalent un", l'établissement ouvert en 1982 met pour la première fois en avant une femme artiste. Il y présente certaines des sculptures abstraites emblématiques de Kim Yun Shin, taillées dans le bois avec son outil de prédilection.
"Ma scie est mon corps", confie-t-elle à l'AFP dans son atelier de Paju, au nord-ouest de Séoul.
"Quand je la soulève et que je coupe (le bois), elle doit se mouvoir exactement comme moi. La scie doit devenir moi-même et je dois devenir la scie."
Plus de 170 sculptures et peintures de Kim Yun Shin, reflets de sa vénération pour la nature, sont exposées au musée Hoam.
Née en 1935 à Wonsan, dans l'actuelle Corée du Nord, Kim Yun Shin a grandi en jouant seule à la campagne. Elle parlait aux arbres et aux rizières, fabriquait des lunettes à partir de tiges de sorgho rouge.
A cette époque marquée par la domination coloniale du Japon sur la Corée, elle voit son frère aîné disparaître après avoir rejoint le mouvement pour l'indépendance, et les pins de sa ville abattus pour fournir du bois de chauffage.
"Ces arbres étaient mes amis", raconte l'artiste, qui se souvient de sa souffrance face à leur déracinement et de sa détermination à les sauver pour les transformer en oeuvres sculptées.
- "Vérité et foi" -
"Je voulais sans doute qu'ils subsistent, qu'ils continuent de vivre sous cette forme (artistique). C'est peut-être pour ça que j'ai toujours adoré travailler le bois", analyse l'artiste dans un sourire.
La famille de Kim Yun Shin a fui vers le Sud pendant les atrocités de la guerre de Corée. L'artiste est partie étudier en France avant de rentrer en Corée du Sud pour devenir professeure d'art à Séoul.
A 48 ans, Kim Yun Shin émigre en Argentine, attirée par l'abondante végétation du pays.
Elle y restera 40 ans, s'y lançant dans la sculpture à la tronçonneuse pour façonner ses bois préférés.
Une pratique qui deviendra sa marque de fabrique artistique et qui fédère essentiellement aujourd'hui des artistes anglophones.
De retour en Corée du Sud en 2023 pour une exposition majeure à Séoul, Kim Yun Shin a vu son oeuvre propulsée à la Biennale de Venise l'année suivante.
Son prénom, Yun Shin - signifiant "vérité et foi" - lui vient d'un moine rencontré dans un temple bouddhiste de Daegu (sud-est), où elle avait trouvé refuge à l'âge de 15 ans.
"Consacre ta vie à découvrir qui tu es, d'où tu viens, où tu vas, et à découvrir ta véritable couleur", lui avait-il conseillé, en lui promettant que son nouveau nom lui assurerait une longue existence.
Des mots que Kim Yun Shin n'a jamais oubliés: "Ils m'ont portée tout au long de ma vie", assure-t-elle.
D.Moore--AMWN