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Deux ans après le coup d'Etat au Gabon, un pays "en chantier" et de fortes attentes
Nouvelles routes, constructions de marchés, réformes économiques... Deux ans après son coup d'Etat militaire et la chute de la dynastie Bongo, le président Brice Oligui Nguema a mis le Gabon "en chantier", mais les difficultés sociales et économiques persistent.
La "Journée nationale de la libération" prévue samedi sera une nouvelle occasion pour le premier président de la Ve République du Gabon de visiter de grands projets en cours et de souligner son bilan, à quelques semaines d'élections locales et législatives.
A son arrivée au pouvoir en 2023, le général Oligui promettait de "redresser le pays" et de "mieux vivre" au Gabon, nation d'Afrique centrale riche en ressources naturelles qui ne profitent qu'à une partie de la population.
Ces deux ans lui auront notamment permis de consolider sa place d'homme fort du pays. En avril dernier, il a remporté une élection présidentielle, dans le calme et sans incident, avec 94,85% des voix.
Les élections législatives et locales qui se tiendront fin septembre doivent achever le cycle électoral marquant la fin de la transition politique et le retour à l'ordre constitutionnel.
- "Souveraineté économique" -
En tant que chef de l'Etat et du gouvernement pour un mandat de sept ans, selon la nouvelle constitution votée en décembre 2024, M. Oligui martèle vouloir sortir de la "torpeur économique".
"Notre projet politique est celui d'une rupture franche avec des décennies de stagnation et de prédation", a-t-il déclaré la semaine dernière dans une interview à un quotidien national, L'Union, à l'occasion de ses 100 jours à la présidence.
Au Gabon, pays riche en pétrole, en bois et en manganèse, un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté.
Le chef de l'Etat gabonais assure "viser un taux de croissance de 10%", mais les projections de la Banque mondiale l'estiment plutôt à 2,4% entre 2025 et 2027.
Défendant une "souveraineté économique" du Gabon, il a annoncé fin mai l'arrêt de l'exportation du manganèse brut d'ici à 2029 afin d'encourager la transformation et la création d'emplois locaux, la création de centrales d'achats pour faire baisser le coût des produits de première nécessité, ou encore la fin de l'importation des poulets de chair au profit d'une filière locale.
Ces mesures exigeront de nouvelles infrastructures dans un pays où l'eau et l'électricité sont difficilement accessibles, parfois même au coeur de la capitale Libreville.
- Chômage -
L'emploi des jeunes était l'un des enjeux majeurs de la campagne de Brice Oligui Nguema. 35% des moins de 25 ans sont au chômage, selon les chiffres officiels.
"Pour moi, rien n'a changé ! Alors qu'après l'élection présidentielle, on nous avait promis des emplois" assure Zita Beboema, 37 ans, mère de trois enfants, qui survit des aides et de missions ponctuelles dans la filière bois.
Dans sa note de conjoncture économique parue en juin, la Banque mondiale identifie une "inadéquation entre les compétences disponibles et les compétences requises de la main d'oeuvre", ainsi que des formations, dans des secteurs peu pourvoyeurs d'emploi pour expliquer le fort taux de chômage au Gabon.
Malgré l'annonce de la création de 163.000 emplois et des mesures en faveur de l'entrepreneuriat, le chef de l'Etat reconnaît "le peu d'engouement" populaire et "invite la jeunesse à se saisir des opportunités".
Axel Jordy Mboumba, 23 ans, contrôleur financier, se désole de voir "toujours autant de chômage" autour de lui. Selon lui, "les mêmes personnes qui n'aidaient pas le pays sont toujours présentes". Il n'ira donc pas voter aux prochaines élections législatives et locales.
- Paysage politique -
Le paysage politique n'a subi que de subtils changements avec la création du parti présidentiel, l'Union démocratique des bâtisseurs (UDB), trois mois après l'élection. Largement composé de caciques de l'ère Bongo, il se positionne comme favori pour les élections législatives et locales, dont le premier tour est prévu le 27 septembre.
En face, il y a le Parti démocratique gabonais (PDG) créé par l'ancien président Omar Bongo Ondimba (1967-2009). Le mouvement s'est rallié à la majorité pour l'élection présidentielle. Mais l'ancien parti dominant est en proie à une querelle interne depuis qu'Ali Bongo Ondimba, fils d'Omar Bongo et ex-président (2009-2023), a clamé dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux fin juillet être toujours aux manettes de la formation politique.
Ali Bongo, resté reclus pendant 20 mois dans sa villa de Libreville, a finalement quitté le pays mi-mai pour l'Angola, puis le Royaume-Uni.
L'opposition politique gabonaise se résume à quelques indépendants et l'ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze (janvier à août 2023), à la tête du mouvement Ensemble pour le Gabon.
M.Fischer--AMWN