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Niger: probable attaque jihadiste contre l'aéroport, les autorités silencieuses
Le régime militaire au Niger restait silencieux jeudi après une probable attaque jihadiste qui a visé pendant la nuit l'aéroport de la capitale Niamey, où la vie reprenait son cours.
Le Niger, pays sahélien en proie à des violences jihadistes récurrentes, est dirigé par le général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire qui a renversé lors d'un coup d'Etat le président civil élu Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023.
Aucun bilan humain ou matériel n'avait été communiqué jeudi à la mi-journée, pas plus qu'une confirmation officielle de l'incident.
Si la vie suivait un cours normal dans la majorité des quartiers de la capitale jeudi midi, le périmètre autour de l'aéroport et en particulier l'accès à une base militaire du site était bloqué par un fort dispositif des forces de sécurité, selon un journaliste de l'AFP.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, des tirs et des détonations ont été entendus peu après minuit (23H00 GMT) par de nombreux habitants du quartier de l'aéroport. Le calme était revenu au bout d'environ une heure, selon ces mêmes sources.
"Nous avons commencé à entendre des tirs. Au début, on pensait que c'était juste des pétards, puis c'était comme des tirs avec des armes lourdes, des mortiers. Nous nous sommes dit qu'il s'agissait vraiment d'une attaque terroriste", a indiqué Ibrahim Boubacar, président d'un collectif de jeunes, riverain de la zone de l'aéroport.
"On a eu très peur", abonde Hadji Ibrahim, une autre riveraine, mère de famille.
La raison de ces échanges de tirs n'était pas connue dans la nuit de mercredi à jeudi, mais sur des images filmées par des habitants de la zone de l'aéroport, on pouvait observer de longues traînées lumineuses dans l'obscurité, signe d'une défense anti-aérienne, possiblement contre des drones.
Des images satellite consultées jeudi matin par l'AFP montraient des zones avec des traces de terrain brûlées près de la piste de l'aéroport.
Selon plusieurs observateurs, la piste d'une attaque jihadiste semble la plus crédible, le Niger étant confronté aux violences du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, lié à Al Qaida) et de l'Etat islamique au Sahel (EIS), notamment dans sa partie ouest, proche de la capitale.
"Ces derniers jours il y avait eu des alertes concernant un risque imminent d'attaque. Les deux groupes ont renforcé leur présence dans des zones proches de Niamey et la menace terroriste reste haute", explique à l'AFP Beverly Ochieng, analyste pour la société de conseil Control Risks.
"Cela pourrait correspondre à la cause défendue par le JNIM qui s'en prend particulièrement aux institutions étatiques, comme moyen de délégitimer les juntes", poursuit-elle.
La semaine dernière, le JNIM avait revendiqué la destruction d'un véhicule de l'armée, à l'aide d'un engin explosif improvisé, à quelques kilomètres seulement à l'est de Niamey.
- Site stratégique -
Situé à une dizaine de kilomètres de la présidence nigérienne, l’aéroport international de Niamey est un site stratégique qui abrite une base de l’armée de l’air nigérienne, une base de drones récemment construite ainsi que le QG de la Force unifiée créée par le Niger, le Burkina Faso et le Mali pour combattre les groupes jihadistes qui endeuillent les trois pays.
Une importante cargaison d'uranium, dont le Niger est producteur y est par ailleurs actuellement entreposée dans l'attente d'être exportée.
Le géant français du cycle du combustible nucléaire Orano a promis la semaine dernière de poursuivre ses actions juridiques contre l’État nigérien qu'il accuse de l'avoir exproprié, mais aussi contre "quiconque voudrait mettre la main" sur ce stock d'uranium d'au moins 1.000 tonnes.
Selon le site de suivi du trafic aérien FlightAware, plusieurs avions, commerciaux ou de fret, ont été déroutés vers des pays voisins, dans la nuit et jeudi matin.
Le Niger, avec ses voisins le Mali et le Burkina Faso eux aussi dirigés par des militaires, est miné par des violences jihadistes dans sa partie ouest notamment.
Ensemble, ils ont formé une confédération, l'Alliance des Etats du Sahel, mènent tous trois une politique souverainiste et ont notamment tourné le dos à la France, ancienne puissance coloniale, dont ils ont chassé les soldats qui menaient la lutte antijihadiste à leurs côtés.
Au Niger, les attaques ne faiblissent pas: selon ACLED, une ONG qui recense les victimes de conflits dans le monde, les violences jihadistes ont fait près de 2.000 morts en 2025 dans le pays.
Le pays est également confronté aux attaques meurtrières de Boko Haram et de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), de l'autre côté du pays, dans sa partie sud-est.
Fin décembre, la junte a annoncé la "mobilisation générale" et des possibles "réquisitions" de personnes et de biens pour combattre les jihadistes.
T.Ward--AMWN