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Au Liban, des familles ayant fui la Syrie accueillies dans un camp contrôlé par le Hezbollah
"Ils nous ont chassés par les armes". Comme d'autres Libanais, Zeinab Qataya a fui la Syrie après la chute de Bachar al-Assad et retrouvé son pays où elle vit dans un camp de préfabriqués contrôlé par le Hezbollah pro-iranien.
La création récente de ce camp a suscité des critiques au Liban à un moment où l'armée est censée désarmer le mouvement chiite pro-iranien dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu avec Israël.
"Ils ont brûlé nos maisons", affirme Zeinab Qataya, qui a fui Zeita, l'un des villages syriens frontaliers.
"Ce qui nous importe, c'est (...) de pouvoir revenir en sécurité chez nous", ajoute cette Libanaise de 56 ans.
Alors que plus d'un demi-million de réfugiés syriens au Liban sont rentrés depuis la prise du pouvoir par une coalition islamiste fin 2024, les habitants du "Complexe résidentiel de l'imam Ali", dans la région du Hermel, proche de la frontière syrienne, ont fait le chemin inverse.
"Le complexe abrite entre 700 et 1.000 personnes", affirme un membre du Hezbollah, qui accompagne une équipe de l'AFP lors d'une visite de ce camp, où flottent des portraits de "martyrs" de l'Iran et du mouvement chiite.
- Donations d'Iran -
"La plupart sont Libanais mais il y a également des Syriens", ajoute le guide qui ne donne pas son nom.
Seule formation libanaise armée, le Hezbollah a soutenu le pouvoir d'Assad pendant la guerre civile (2011-2024).
Il s'était implanté dans la région de Qousseir, frontalière du Liban, après avoir pris le contrôle de cette région, poussant des milliers de Syriens à l'exode.
Mais le Hezbollah avait évacué à la hâte ses positions lors de la chute d'Assad et des Libanais chiites qui y vivaient depuis des décennies avaient fui.
Dans le camp, peu d'habitants acceptent de parler aux journalistes.
La frontière est poreuse et mal délimitée, ce qui a favorisé l'installation de Libanais en Syrie, et la contrebande à travers des points de passage illégaux.
Dans le vent froid et sec, des enfants courent vers un centre d'apprentissage, après avoir assisté dans la ville voisine de Hermel à une cérémonie commémorant l'anniversaire de l'imam Mahdi, révéré par les chiites.
Le camp compte un barbier, un petit supermarché et une mosquée, sur les murs de laquelle s'alignent des portraits du général iranien Qassem Soleimani, architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, tué dans une frappe américaine en 2020 et d'autres "martyrs" iraniens.
Des portraits du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, assassiné par Israël lors de la dernière guerre en septembre 2024, ornent les murs de certains préfabriqués.
Le guide du Hezbollah affirme que le camp est financé par "des donations privées" en provenance d'Iran.
Selon la radio du Hezbollah, le complexe a été établi avec le soutien de l'Iran et compte "228 habitations".
- "Nous vivions heureux" -
Des médias libanais hostiles au Hezbollah ont affirmé que le camp abrite des militaires syriens, partisans du président déchu.
Le 6 janvier, l'armée libanaise avait annoncé avoir mené une perquisition à la suite d'informations sur la présence de "fugitifs et d'armes" mais n'avoir rien trouvé.
"La plupart des habitants du camp sont des civils et il n'y a pas (..) de partisans du régime" d'Assad, assure Ali Mahmoud al-Masri, un responsable de la municipalité de Hermel.
L'inauguration du camp fin 2025 par le Hezbollah avait été critiquée au Liban où une députée du parti chrétien des Forces Libanaises, Ghada Ayoub, a demandé au gouvernement comment un complexe "échappant à la supervision de l'Etat" pouvait être instauré.
Selon l'ONU, environ 115.000 personnes sont arrivées au Liban en provenance de Syrie depuis la chute d'Assad, dont un grand nombre fuyant les massacres de la minorité alaouite sur la côte en mars 2024.
Khodr Ghorab, un chauffeur de camionnette de 62 ans, dit avoir lui aussi fui le village de Zeita le 8 décembre 2024, le jour où Bachar al-Assad a pris la fuite pour Moscou.
"Nous sommes partis avec juste nos vêtements (..) L'Etat ne nous a pas aidés, comme si nous n'étions pas Libanais", déplore ce père de quatre enfants.
"En Syrie, l'éducation était gratuite, le transport aussi. Nous vivions heureux".
D.Cunningha--AMWN